Elodie Jimenez

Docteure en sociologie

L’agriculture et les agriculteurs ? Des champs à perte de vue. Des animaux qui gambadent dans les prés. Un béret, des sabots et une salopette. La douceur de vivre à la campagne et sa solidarité sans faille. Une relation fusionnelle à la terre et aux vivants. Le bonheur d’évoluer loin du rythme frénétique de la ville et de son stress, loin de l’atmosphère oppressante des usines et des bureaux. Tel est le reflet de l’agriculture que nous renvoient l’imaginaire collectif, la communication publicitaire et les médias de toutes sortes.

J’ai eu la chance de grandir entre la belle cité bordelaise et les vallons des Pyrénées atlantiques. Petite-fille et nièce d’agriculteurs, j’ai fait mes premiers pas sur les routes de petits villages ruraux béarnais. Longtemps, la campagne a représenté pour moi des repas en famille interminables, des balades, entre champs et forêts, pleines d’aventures, de découvertes et de mystères. Le bruit du camion laitier qui passe à l’aube. L’odeur des volailles que l’on plume et celle du tank à lait que l’on nettoie. Mais aussi, ces moments où nous enfilions les bottes, passions sous les clôtures électriques, puis courrions après les bêtes pour les ramener à l’étable. Je ne peux conter ici toutes les histoires qui me viennent à l’esprit alors que j’écris ces lignes, mais elles sont autant de doux souvenirs. En analysant de plus près mes expériences d’enfance à la campagne, il me semble qu’avant tout, ce sont ces petites choses que les plus anciens me transmettaient qui m’ont le plus passionnée. Savez-vous que lorsque la chaîne des Pyrénées vous semble plus proche et plus claire, c’est qu’il va pleuvoir ? Observez-vous les oiseaux pour prédire un orage ? Consultez-vous le calendrier lunaire avant de planter vos semis ?

Finalement, bien que côtoyant régulièrement les campagnes, j’ai moi aussi longtemps eu cette image idyllique de ce qu’elles étaient ou pouvaient être. Puis, j’ai grandi et observé. J’ai vu leur face cachée, tout ce dont personne ne parle par pudeur ou par honte. J’y ai vu l’alcoolisme, le célibat des hommes exploitants, les stigmates physiques des accidents du travail – les uns n’allant généralement pas sans les autres. Il y avait aussi l’isolement social, par choix ou par contrainte, et les discours sur une urbanité fantasmée. Certaines choses restaient néanmoins confuses, plus de questions me venaient que de réponses. Pourquoi ces hommes n’étaient-ils pas heureux dans leur travail ? Pourquoi avaient-ils l’air de regretter leur choix professionnel ? Comment était-il possible que des êtres si sensibles à la nature et aux savoirs ancestraux puissent laisser tout ceci de côté pour un sac d’engrais ou de désherbant ?

J’étais triste à l’idée que la science et les évolutions socio-économiques, bien que nécessaires, puissent mener à l’extinction d’un savoir, d’une culture, d’une histoire. Plus encore, je me questionnais sur les raisons du mal-être d’une population qui, à l’époque et avec la posture très extérieure qui était la mienne, me semblait avoir toutes les cartes en main pour être heureuse. Je me suis alors penchée de plus en plus sur les sujets traitant du rural et de l’agriculture, mais aussi de l’environnement, de la santé, ainsi que de la gouvernance des politiques publiques.

Mes recherches et expériences m’ont ainsi conduite à une appréhension poussée des thématiques liées aux organisations et au travail, et ce qu’il s’agisse des questions référentes à la qualité de vie au travail ou encore à la conduite du changement. De fait, je suis en mesure de conduire des études d’impacts socio-économique mais aussi d’analyser les rouages organisationnels simples ou complexes, politiques et interpersonnels. Mes nombreuses collaborations avec des institutions territoriales et étatiques, mais aussi avec des structures locales, des associations, des universités, des PME/TPE et des acteurs de terrain, me donnent les connaissances, l’envie et la possibilité d’analyser et développer des projets multi-acteurs à différentes échelles. Familière de l’adaptation que demande le terrain, j’aime à réfléchir et construire des outils innovants et adaptés aux problématiques soulevées et aux populations rencontrées.

Linkedin : http://linkedin.com/in/jimenezelodie/

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